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Climat 2040 : Rationaliser la situation et les enjeux pour se réapproprier l’avenir, par Christel Hahn

Aujourd’hui, les générations qui ont allègrement sali la planète à coup de libéralisme outrancier prônant la mécanique vertueuse de la « main invisible » mettent en demeure les nouvelles générations de cesser de consommer, de manger et de respirer pour éviter rien moins que la fin du monde.

Certes, il n’y a rien de nouveau à devoir réparer les bêtises des générations précédentes : les Allemands – mais pas seulement eux – viennent de passer 7 décennies à s’excuser des délires hystériques de générations nées fin XIXème/début XXème siècle.

Mais encore faut-il que ceux qui vont avoir à redresser la situation aient bien en main toutes les cartes.

Or l’agenda environnemental est devenu une immense opération de communication dans laquelle tout et n’importe quoi est venu se fourrer, à commencer par d’innombrables intérêts économiques – peu avouables et bien éloignés de réelles préoccupations écologiques – manipulant les éternelles émotions humaines de peur de la mort, du changement. Bien difficile de voir clair dans ce galimatias qui produit chaque jour davantage d’incohérence et multiplie les injonctions contradictoires et/ou contrariées : « consommez (il faut que l’économie tourne) sans consommer (ça salit la planète) », « achetez des voitures électriques… ah non, finalement n’en achetez plus », « triez vos poubelles… même si ça part in fine en Asie où c’est jeté à la mer », « il faut des usines de retraitement de déchets… mais not in my backyard »… La panique qui saisit l’humanité face à des enjeux titanesques que seul le plus grand désordre semble opposer n’est pas de bon augure ; il va être temps de se calmer.

Les défis environnementaux sont réels… aussi réels qu’ils le furent au Moyen-Age avec l’essor des villes et des concentrations humaines. Certes, des prises de conscience doivent être induites. Mais les opérations de communication armagédoniste assorties d’injonctions ready-made n’auront qu’un temps et finiront par lasser une société humaine rendue impuissante par l’ampleur de la tâche et par l’incohérence stratégique.

Il est temps de passer à une approche scientifique doublée d’actions éducatives questionnant les évidences afin de rationaliser la situation et les enjeux de la crise écologique et de créer les conditions d’une implication collective éclairée des citoyens dans la mise en place de solutions de long terme…

L’article qui suit, de Christel Hahn, est un exemple du type de questionnement salutaire dont la problématique environnementale doit faire l’objet pour que les nouvelles générations puissent poser correctement les programmes de nettoyage de la planète respectueux de l’humain qui occuperont une partie d’entre elles à l’horizon 2040.

Fridays for Future

Les jeunes, à commencer par les jeunes Allemands, se lèvent et disent : « Stop ! Nous voulons un avenir, nous voulons vivre ».  Les politiques au pouvoir continuent comme si de rien n’était et les jeunes votent Vert[1]. Les politiques calent. C’est la faute aux videos. Le cabinet pour le climat se réunit et discute, le ministre de l’Économie a encore besoin d’éclaircissements, le ministre de l’Environnement fait pression et Greenpeace est à la porte. Le SPD se suicide. La CDU parlemente. Les jeunes disent « vous n’êtes plus nos partis, c’est les Verts maintenant, ils sont cool et laissent les membres décider »[2].

Que fait le monde politique ?

Le monde politique a une relation unilatérale avec les citoyens. D’une part, il a ses propres objectifs, ses programmes et ses stratégies; et d’autre part, il a besoin des citoyens (en tant que contribuables, électeurs, consommateurs, employés,..) pour mettre en œuvre ses objectifs.

En démocratie, le monde politique est sensé expliquer aux citoyens ce qu’il se passe ou, mieux encore, il pourrait leur demander ce qu’ils veulent.

En réalité, il préfère prendre un autre chemin : il crée une narration, une histoire, qui va permettre de mobiliser les gens. Dans notre monde Internet, cela s’appelle un mème, et le mème d’aujourd’hui c’est le climat[3].

L’une des premières personnes à avoir franchi ce pas, et probablement l’initiatrice du mème, fut la chimiste et Premier ministre britannique des années 1980, Margaret Thatcher. Mme Thatcher voulait mettre fin à la dépendance de son pays au syndicat des mineurs (et donc au charbon). Son mandat a été marqué, d’une part, par la grève des mineurs qui a duré un an, de 1984/85 et, d’autre part, par la création du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Grâce au mème climat elle a vaincu les grévistes, brisé le pouvoir du syndicat et fermé les mines de charbon[4].

Aux Etats-Unis, c’est ce qu’exprime Alexandria Ocasio-Cortez, l’une politiciennes les plus représentatives de la jeune génération, membre du Congrès et opposante au “climato-négationniste “[5], Donald Trump.

Dans un tweet du 12 mai[6], elle remarque qu’il faut avoir « l’intelligence sociale d’une éponge de mer » pour prendre au sens littéral l’affirmation selon laquelle “le monde finira dans 12 ans“… Et elle précise alors : «  Le changement  climatique est là + nous avons une échéance : 12 ans pour diviser par deux les émissions. Un #GreenNewDeal est notre plan pour un monde et un avenir qui vaillent la peine “[7]. Il s’agit là d’un vrai programme de transformation du monde (et de l’avenir).

Derrière le mème climat se cache un énorme effort coordonné de relations publiques. Le Guardian, l’un des journaux faiseurs d’opinion en Europe, a récemment adapté sa politique terminologique. Dans le cadre de la mise à jour de son « guide stylistique », il écrit : « Au lieu de « changement climatique », il est préférable d’utiliser les expressions « urgence ou crise ou panne climatique » et « surchauffe globale » sera préférée à « réchauffement global », bien que les termes d’origine ne soient pas bannis »[8].

Le dioxyde de carbone – une mesure de la pollution

Non seulement un mème a-t-il été lancé, mais avec le dioxyde de carbone c’est aussi une sorte de mesure (ou monnaie) pour la pollution qui a été mise en place. Depuis des siècles, l’activité industrielle et individuelle a principalement recours à l’énergie libérée lors de la combustion (oxydation) du carbone provenant du bois/charbon/pétrole/gaz, produisant au passage du dioxyde de carbone. Le dioxyde de carbone est ainsi devenu une mesure des activités polluantes, le commerce des droits à polluer en faisant même une espèce de monnaie[9]. Les émissions de dioxyde de carbone (ou plus simplement les émissions de carbone) sont donc généralement utilisées comme mesure de l’activité humaine nocive ou du degré de dommage à l’environnement. Des expressions comme « l’empreinte carbone » font désormais partie du vocabulaire usuel[10].

Tout cela est parfaitement illustré par le graphique suivant : les émissions de dioxyde de carbone indiquent que la population et l’activité industrielle sont stables ou en déclin en Occident, alors qu’elles augmentent dans le reste du monde.

 

Figure 1 – Évolution des émissions mondiales de dioxyde de carbone par région du monde. Source : Université d’East Anglia, Global Carbon Project

Un monde en mutation rapide

Le monde politique n’est pas nécessairement tourné vers l’avenir, mais il réagit aux sondages et aux échéances électorales. Pourtant, dans son entourage de fondations, think-tanks, organisations internationales, etc., nombreux sont ceux qui effectuent des analyses à moyen ou long terme. Et ces analystes n’ignorent bien évidemment pas que nous sommes confrontés à d’immenses changements et ajustements en ce début de millénaire. Les facteurs déclencheurs sont, pour ne citer que les plus évidents : une population mondiale encore en croissance même si l’augmentation s’est déjà ralentie, une croissance globale de la prospérité, une période de paix de près de 75 ans depuis la dernière guerre mondiale, la propagation globale du capitalisme, l’émergence d’un grand nombre de nouveaux acteurs – hier pays du tiers monde, aujourd’hui pays émergents ou nouvelles puissances à part entière…

Pour comprendre à quoi sert le mème climat, la réponse la plus simple et la plus pragmatique (le Rasoir d’Ockham[11]) est qu’il permet de mettre en œuvre les ajustements nécessaires pour faire face à ces changements, encadrant les politiques actuelles et faisant adhérer les gens à ces politiques indépendamment des dates des élections à court terme. Au-delà du climat, il s’agit de préserver la viabilité d’une planète de 10 milliards d’habitants dans le cadre d’un nouvel équilibre entre les régions du monde.

Le paradigme de l’austérité

Mais comme nous sommes ataviquement programmés pour l’austérité plutôt que pour l’abondance, le programme pour surmonter cette crise mondiale est un programme de restriction, d’auto-incrimination et de culpabilité : nous, humains, rejetons trop de CO2 dans l’air et la planète va mourir de chaud si nous ne nous limitons pas tous massivement. Ou encore : l’homme blanc avec ses grosses voitures émettrices de CO2 est responsable de la mort prochaine des habitants des pays pauvres, qui ne peuvent échapper à la montée du niveau de la mer…

Le sommet de Paris sur le climat a marqué une étape importante dans la mise en œuvre de ce programme, avec l’adoption non seulement d’objectifs climatiques ambitieux (pour les pays industrialisés), mais également des Green Climate Funds. Le fonds financier qui a été établi dans la zone économique franche d’Incheon en Corée du Sud reçoit les sommes énormes[12] promises dans le cadre de l’Accord de Paris et les investit pour des projets dans les pays « pauvres » : « Le Green Climate Fund (GCF) est un nouveau fond mondial créé afin de soutenir les efforts des pays en développement pour répondre aux défis du changement climatique. Le GCF aide les pays en développement à limiter ou réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter au changement climatique. Il cherche à promouvoir un changement de paradigme vers un développement à basse-émission et climato-résilient, prenant en compte les besoins des nations les plus vulnérables aux impacts du changement climatique »[13].

Si les pays « pauvres » se développent de la même manière que les pays « riches », il y a risque d’effondrement. C’est pourquoi l’argent de ces derniers est investi dans les premiers pour les aider à se limiter à une part modérée du gâteau.

En ce qui concerne le contrôle des investissements financiers, le site internet du GCF, indique de façon lapidaire que « le GCF rend compte auprès des Nations Unies ».

… vs le paradigme de la prospérité

Ce programme d’austérité semblait bien fonctionner jusqu’à ce que Donald Trump soit élu à la Maison-Blanche avec son contre-programme, Make America Great Again ! (MAGA), opposant un programme de prospérité au programme ambiant d’austérité, en partant de tout autres principes : les problèmes peuvent être résolus par la libération de nos potentiels, la richesse n’est pas un défaut mais peut être utilisée de manière productive, chaque défi génère aussi des solutions[14] … Donc pas de réduction des activités humaines, mais leur modernisation via l’investissement.

La base du programme populiste de Trump vise en effet à offrir aux „deplorables“ (affligés)[15] des emplois qualifiés en rapatriant les emplois industriel aux Etats-Unis, à augmenter les salaires et à réduire les impôts, dans le but de libérer le potentiel d’un pays de 327 millions d’habitants.

En ce qui concerne le climat, l’Accord de Paris a été dénoncé (et avec lui les contributions au fonds sud-coréen, que même Obama n’avait jamais osé faire approuver par le Congrès).

Cette manière d’aborder l’avenir prend de l’importance via la montée d’agendas populistes similaires en Europe et de par le monde. Les conditions d’un débat sont donc posées sur la base de mots d’ordre contradictoires, obligeant désormais les citoyens à devenir « intelligents » pour évaluer eux-mêmes la situation et les solutions.

Les « enfants du climat »

La génération montante, en particulier Allemagne, a intériorisé le mème climat. Les jeunes de 18 ans d’aujourd’hui ont grandi non seulement dans une Allemagne réunifiée, l’Europe, l’Euro, l’Internet mais aussi dans le mème climat. Mais ils prennent « la fin du monde dans 12 ans » au sérieux et ne sauraient s’y résigner, exigeant des mesures concrètes de la part des politiques pour stopper le réchauffement climatique de la planète. La majorité d’entre eux a voté Vert aux élections européennes, descend dans la rue tous les vendredis[16] et a largement contribué au bouleversement du paysage politique de l’Allemagne : les Verts dépassent la CDU dans les sondages ; le SPD continue de s’effondrer et dérive vers la gauche écolo. Comme il est apparu clairement depuis les dernières élections au Bundestag que les partis en place ne parviennent plus à obtenir de majorité pour gouverner, une coalition noir-vert – ou même une coalition vert-noir déjà testée dans le cœur industriel du Bade-Wurtemberg – s’annonce actuellement pour mettre rapidement en place les ajustements nécessaires.

Avec sa probable arrivée au pouvoir en Allemagne, le mouvement climat se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : perpétuation du mantra de l’abondance, développement des potentiels, investissement dans des solutions technologiques innovantes, … ou invention de modèles de non-croissance, de dé-consommation, de taxe-sanctions…[17]

En France, la seconde voie a conduit à un soulèvement des Gilets Jaunes. En Allemagne, dominée par le thème de la culpabilité[18], la tendance est forte vers une régulation étatique, des augmentations plus ou moins officielles des taxes et des prélèvements, “se serrer la ceinture de quelques crans supplémentaires”, … mais il existe aussi des approches fortes pour développer « le meilleur des deux mondes ».

Un exemple de cette troisième voie est le système allemand de management environnemental, EMAS, qui a été adopté par l’UE, à savoir un système circulaire basé sur l’amélioration continue des entreprises et organisations participantes. S’il implique une certaine bureaucratie et s’appuie sur un cadre juridique et réglementaire, il s’agit avant tout d’un système qui met l’accent sur la situation spécifique de l’entreprise participante, l’améliore en permanence et dans lequel les salariés jouent un rôle actif[19].

Même si le paradigme de l’austérité s’appuie sur des structures solides et des relations publiques sophistiquées, le potentiel pour que le nouveau mouvement de jeunesse ne s’y enlise pas est très important. Ayant grandi dans la richesse, en réseau dans un monde très complexe, la jeune génération a le potentiel de sortir du paradigme d’austérité imposé par la génération du baby-boom, en distinguant entre richesse réelle et richesse superflue pour inventer un paradigme de « prospérité positive ».

Sur cette voie il existe une opportunité et un obstacle : la numérisation/virtualisation sous sa toute dernière forme : l’intelligence artificielle. C’est une des causes de la grande crise mondiale : sans elle, ni les idées, ni les personnes, ni les biens ne pourraient traverser la planète avec une telle intensité. Mais c’est aussi une condition préalable fondamentale pour trouver des solutions aux nombreux problèmes de la planète[20].

D’une certaine façon, le dioxyde de carbone dont il a été question ci-dessus est aussi une figuration virtualisée du problème environnemental (et c’est pourquoi le mème fonctionne si bien) : il n’existe plus qu’une seule mesure à combattre, éviter, taxer… pour sauver le monde. De même, le passage global à l’électricité est une virtualisation de l’approvisionnement énergétique. Ou la finance, une virtualisation de l’économie…

Mais l’émergence de ces représentations virtualisées comporte aussi le risque de perdre le contact avec la base matérielle. En effet, les téléphones mobiles et les ordinateurs sont aussi de vrais objets consommant de l’énergie[21], pouvant entraîner une dépendance et ayant des effets non thermiques en plus des effets thermiques[22].

Heureusement, la nouvelle génération semble avoir conscience de sa situation et de celle de son environnement. Récemment, le problème de l’extinction des espèces s’est posé (si les insectes meurent, nous ne pouvons pas nous porter bien non plus) et la pétition citoyenne bavaroise pour sauver les abeilles[23] vient de devenir une initiative citoyenne européenne[24].

Questionner le lien entre carbone et pollution

La mère de Greta Thunberg écrit dans son livre publié récemment : “Greta est l’une des rares personnes qui peuvent voir notre dioxyde de carbone à l’œil nu. Elle observe les gaz à effet de serre s’échapper de nos cheminées, s’élever dans le ciel avec le vent et se transformer en dépotoir invisible dans l’atmosphère. Elle est l’enfant, nous sommes l’empereur. Et nous sommes tous nus[25].

C’est là l’un des plus gros malentendus au sujet du dioxyde de carbone. Alors que l’humanité et toutes les autres formes de vie souffrent du fait qu’elles sont de plus en plus exposées à des substances auxquelles elles ne sont pas génétiquement adaptées, le carbone et ses cycles sont l’une des composantes de base de la vie (voir leçons de chimie et de biologie). Le carbone est un élément structurel essentiel de tout être vivant et le dioxyde de carbone est l’une des étapes du cycle du carbone qui est libéré non seulement par les processus industriels basés sur la combustion, mais partout et en permanence par le métabolisme de toutes les formes de vie, en particulier toutes les espèces animales[26]. Dans l’atmosphère, c’est un gaz invisible à l’état de traces (0,04%), en tant que tel, il n’est pas toxique (même s’il peut entraîner la mort s’il chasse l’oxygène dans la respiration).

Malgré la clairvoyance de Greta, ce que l’on peut voir sur les photos de cheminées fumantes n’est pas du dioxyde de carbone, mais de la vapeur d’eau d’un côté (et les tours de refroidissement des centrales nucléaires produisent ces mêmes images) et de la saleté de l’autre, c’est-à-dire de minuscules particules polluantes. Le plus sale est la combustion du charbon, qui libère des cendres volantes hautement toxiques. En occident cette saleté est retenue par des filtres, mais pas du tout ou presque pas dans les vieilles centrales à charbon indiennes et chinoises. Il n’est guère étonnant que la Chine et l’Inde comptent autant sur l’électromobilité : dans leurs mégalopoles très polluées, la santé et l’espérance de vie de leurs habitants sont extrêmement menacées par le smog. Et ces particules de saleté, que l’on trouve même dans l’Himalaya, contribuent au réchauffement climatique.

Figure 2 – Décès annuels dus à la pollution atmosphérique. Source : Climate & Clean Air Coalition

Les limites du mème climat

Le mmeclimat a eu son utilité pour initier les transformations nécessaires. Mais le moment semble maintenant venu de le remplacer par un mêmehumanisme globalement plus affirmatif de la vie. Ce n’est qu’en plaçant au centre la création, la vie, l’homme, la conscience… qu’il y aura une véritable modernisation et que nous ferons le pas vers un avenir digne d’être vécu. Voici trois exemples concrets des limites du mêmeclimat :

  1. Le climat est un symptôme pas une cause. Ces dernières années, d’importants dégâts ont été causés en Allemagne par des inondations dues à des événements climatiques extrêmes[27]. Des voix très sérieuses se sont élevées pour expliquer qu’il ne s’agit pas là d’une conséquence du réchauffement global abstrait, mais de l’agriculture et l’exploitation des sols ayant conduit à une extrême dégradation de l’humus. Non seulement les sols pauvres en humus sont en effet beaucoup moins drainants (capables de stocker l’humidité) que les sols riches en humus, mais ils ont aussi une influence décisive sur le cycle atmosphérique de l’évaporation de l’eau. L’évaporation de l’eau joue un rôle majeur dans l’effet de serre, certains disent même qu’elle joue un rôle plus important que le dioxyde de carbone. Humus signifie “sol vivant”, c’est non seulement une condition essentielle pour un climat sain, mais aussi pour une alimentation saine et vivifiante et son salut exige des mesures concrètes, à savoir la conversion de l’agriculture aux méthodes biologiques modernes[28].
  2. Les évidences doivent être questionnées. Il est bien connu que le passage accéléré à l’électromobilité rend la circulation plus silencieuse et moins polluante, mais pose d’autres problèmes environnementaux. Selon l’ancien slogan du mouvement antinucléaire (“Chez nous l’électricité sort directement de la prise”), la propreté de la source d’énergie électrique dépend de celle de sa production[29]. A cela s’ajoutent les problèmes environnementaux causés par les batteries (par exemple, la dégradation du lithium). Et il est maintenant connu que le scandale du diesel (qui concerne effectivement la saleté) est dû à l’impératif d’abaisser le dioxyde de carbone. Dans le secteur des transports, qui rend nos villes inhabitables, traverse nos paysages et repose encore sur les technologies du XIXe siècle, il est urgent de procéder à une modernisation complète qui tienne compte d’un large éventail d’exigences (ville, pays, chaînes d’approvisionnement, etc.).
  3. Un saut de modernité s’impose. Nos besoins énergétiques croissants[30] sont principalement satisfaits par le processus chimique de combustion. La disponibilité des “carburants” rend les Etats interdépendants et a déclenché de nombreux conflits depuis l’antiquité. Le mêmeclimat veut interdire la combustion (c’est-à-dire le rejet de dioxyde de carbone)[31]. Quelle est l’alternative ? Après la bombe nucléaire de la Seconde Guerre mondiale, il était évident d’utiliser cette énorme libération d’énergie de manière pacifique, mais les réacteurs nucléaires actuels ne sont pas très modernes[32]. Le soleil est capté, mais par des moyens très traditionnels. L’énergie hydroélectrique est l’une des plus anciennes méthodes de production d’énergie. Et cerise sur le gâteau, nous obtenons maintenant de l’énergie à partir de plantes cultivées, les fameuses plantes énergétiques. Le même-climat n’a pas encore réussi à générer une percée de modernisation, mais il existe des approches prometteuses qu’il est urgent de développer : hydrogène, méthanisation des déchets, piles à combustible, réacteurs nucléaires de 4ème génération, fusion nucléaire, nouveaux procédés nucléaires (comme le LENR – réactions nucléaires à basse énergie), énergie libre…[33]

Actualiser la recherche scientifique

La science est l’une des créations les plus importantes de l’homme, l’une des manifestations les plus essentielles de l’humanisme et une condition préalable à la création de la richesse et de l’abondance. Mais qu’en est-il de la recherche scientifique ?

En matière de climat et d’environnement, on pense d’abord aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), depuis l’époque de Thatcher, l’un des plus importants moteurs du changement mondial. Cela dit, il ne s’agit en fait pas d’une institution scientifique, mais d’une institution politique, en l’occurrence une sous-organisation de l’ONU.

La plus grande partie de la recherche sur le climat est de la recherche appliquée et peut être affectée davantage au domaine de la sociologie ou de la prospective qu’aux sciences naturelles. Comme le montre le titre de l’Institut de Potsdam, il s’agit surtout d’évaluer l’impact climatique. La méthode est modélisée et les résultats varient de modéré à alarmiste. Mais les données de sortie ne sont valables que dans la mesure où les algorithmes et les données d’entrée le sont. Or, comme pour Google, les algorithmes sont plutôt opaques et la qualité des données d’entrée a fait l’objet de vifs débats à maintes reprises. Les analyses des données en ce qui concerne la hausse du niveau des mers et océans en fournissent une bonne illustration[34]. Et il existe des contre-positions nuancées, émanant notamment de la société civile[35].

Les fondamentaux physiques ne sont pas tellement au cœur de l’attention du public. Cela n’est pas surprenant, car la physique de l’atmosphère est un sujet très complexe et même pour des profanes formés en physique ou les scientifiques d’autres disciplines cela reste une matière difficilement accessible. L’une des questions fondamentales auxquelles cette physique atmosphérique peut répondre est celle de l’intensité de l’effet d’absorption du rayonnement à ondes longues par le dioxyde de carbone. Il y a aussi la physique appliquée, qui peut, par exemple, répondre à la question de savoir si l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère provoque le réchauffement ou si au contraire c’est ce dernier qui provoque l’augmentation du dioxyde de carbone (par exemple, par dégazage des océans).

Figure 3 – Spectre d’absorption du dioxyde de carbone et de la vapeur d’eau. Source : Chemieonline.de

Figure 4 – Température et augmentation du dioxyde de carbone. Source : scilogs.spektrum.de

Répondre à ces deux questions, soulevées ici à titre d’exemple, est d’une grande importance pour de nombreuses décisions futures majeures (par exemple, concernant les investissements considérables dans le stockage du dioxyde de carbone). Il existe certainement des approches controversées sur ces deux questions. Pourtant seuls les experts ont les compétences requises pour une discussion qualifiée. Or dans la sphère publique, les fronts sont aussi butés que lors de la révolution copernicienne de l’image que nous avions de la Terre.

L’une des tâches les plus urgentes est d’adapter la recherche scientifique au XXIe siècle et à ses défis. Mais comment y arriver alors que la recherche est financé par l’argent de la politique, que les carrières des scientifiques dépendent de leurs publications, qu’il manque encore de perméabilité entre les disciplines et que le travail des chercheurs individuels est de plus en plus spécialisé ?

Et comment rendre ces travaux de rationalisation scientifique de la situation environnementale et des propositions de solutions accessibles au grand public ?
Voici deux grands enjeux pour enclencher une transition écologique réussie[36].

Sur le site de l’Institute for Venture Science (IVS) de Gerald Pollack, on peut lire : « Les percées majeures sont beaucoup trop rares. Cela fait plus d’un demi-siècle que l’ADN a été découvert et un siècle que des particules subatomiques ont été découvertes. L’IVS est un incubateur pour la découverte ouverte d’idées de changement de paradigme. En gérant des investissements modestes dans l’exploration ouverte d’idées qui peuvent avoir d’énormes ramifications pour l’humanité, l’IVS entend augmenter la probabilité de percées majeures. Ces percées peuvent construire des industries entièrement nouvelles et transformer les industries existantes ; elles peuvent mener à des percées médicales et technologiques ; et elles peuvent aider l’humanité à relever le défi de la gestion de l’environnement. »[37].

Science avec conscience… Ce genre de discours est de nature à nous faire passer de l’ère de l’écolo-millénarisme à celle de la réhabilitation environnementale, un chantier enthousiasmant pour les jeunes en lieu et place du poids du péché originel de flétrissure, une genèse à la place de l’apocalypse actuellement proposée.

Cet article est également disponible en allemand depuis le blog de Christel Hahn

Christel Hahn, Diplômée en physique, développeur de logiciels, traductrice et vendeuse

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Notes :

[1] Source: Neon, 27/05/2019

[2] Le premier des “nouveaux” partis. Issue du mouvement écologiste radical et de la nouvelle gauche des années 1970, son image, dominée jusqu’à récemment par les anciens soixante-huitards comme Trettin, Künast, Kuhn, Bütikofer et Roth, a radicalement changé, s’étant rajeunie et renouvelée.

[3] Source: t-online, 17/06/2019

[4] Après sa période d’activité, elle a changé de position de 180 degrés. Source: The Ecologist, 17.10.2018

[5] Comment peut-on nier le climat ? … Pourtant ce terme de “climat-négationniste” est assez couramment utilisé.

[6] Source : Twitter, 12/5/2019

[7] Source : Twitter, 17/4/2019

[8] Source: The Guardian, 17/5/2019

[9] Source : Wikipedia

[10] Il existe pourtant des procédés tombant complètement en dehors de ce schéma, par exemple l’énergie nucléaire, qui se retrouve ainsi qualifiée de « propre » et connaît une renaissance.

[11] Source : Wikipedia

[12] Source: World Resources Institute

[13] Source: Green Climate Fund

[14] « Et comme souvent avec les problèmes auxquels l’humanité doit faire face, les problèmes environnementaux devraient être solubles sur la base des bonnes technologies et de la diffusion de la prospérité ». Source : CAPX, 13/06/2019

[15] Les votes des travailleurs de la « ceinture de rouille » (« rustbelt ») dont les emplois avaient été délocalisés au Mexique, en Chine, …. ont été décisifs dans l’élection de 2016. Voir aussi Thomas Wictor sur Quodverum, 14/3/2019

[16] Injonction Greta Thunberg. Source : Fridays for Future

[17] Critique des Klima-Kids par un techno-bloggeur. Source : Hitzestau, 05/02/2019

[18] Voir par exemple : Verein Kriegsenkel e.V.

[19] Sources : Europäische Kommission, EMAS

[20] Voir par exemple : LEAP, 14/08/2018

[21] Source : zdf, 23/9/2018

[22] Source : 5gspaceappeal

[23] Source : The Guardian, 19/02/2019

[24] Source : SofiaGlobe, 15/05/2019

[25] Source: faz, 29/4/2019

[26] Si l’on prenait la décision d’arrêter littéralement toutes les émissions de carbone, il faudrait alors interdire la respiration. Cette ignorance généralisée de la nature du carbone et du dioxyde de carbone en dit long sur l’hostilité fondamentale à la vie inhérente au « paradigme de carence ».

[27] Voici la grenouille météorologique germanophone la plus connue, Jörg Kachelmann, sur le temps qu’il a fait cette année. Source : t-online, 07/06/2019

[28] Par exemple, avec la technologie Terra Preta, l’humus est constitué de carbone végétal vivant (stockage du carbone !). Voir par exemple : Arbeitsgemeinschaft bäuerliche Landwirtschaft

[29] Or la production d’électricité en Chine continuera d’être basée sur des centrales au charbon dans un avenir prévisible, et en France, l’électricité provient de centrales nucléaires largement obsolètes.

[30] Source: Agentur für erneuerbare Energien

[31] Il n’est pas exclu que la baisse de la demande de carburants et de mazout de chauffage ait conduit l’industrie pétrolière à augmenter les émissions de plastiques, l’utilisation des plastiques ayant augmenté rapidement ces dernières années.

[32] Ils sont basés sur le principe de la machine à vapeur. Source : Greenpeace

[33] Thèse de fin d’études d’un jeune Autrichien de 17 ans : “Néanmoins, je pense qu’il serait utile d’investir dans l’énergie libre, car nous aurions la possibilité de protéger notre environnement et d’aider les pays plus pauvres sans devoir renoncer à notre niveau de vie élevé”, Source : OEVR.

[34] La terre n’étant pas une baignoire rigide, il y a à la fois afflux d’eau dans les océans et soulèvement et abaissement de la masse terrestre. Sources : NoTricksZone, 13/02/2019; Newstarget, 18/02/2019 ; NoTricksZone, 04/12/2017 ; Springer, 6/11/2017 ; Correktiv, 03/06/2019

[35] Par exemple, Patrick Moore (” L’écologiste sensible “) plaide pour que les humains soient au centre de l’attention.. Source: Ideacity, 2015

[36] Dès 2001, Jacques de Gerlache en Belgique répondait à ces deux questions en créant le site GreenFactsInitiative pour vulgariser des informations scientifiques sur l’environnement.

[37]  Quelle: Institute for Venture Science

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