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Enseigner l’UE aux États-Unis : les centres de l’Union européenne ont besoin du soutien continu de Bruxelles et d’une stratégie à long terme

 

Le 8 septembre 2004

par Franck Biancheri et Nicholas Reed
08/09/2004

L’un des maillons faibles les plus souvent cités dans le système éducatif américain est le manque d’enseignement international, en histoire, en langues, en questions sociales et dans presque tous les autres domaines. Lorsque les Américains ont tendance à étudier le reste du monde, nous avons tendance à nous concentrer sur les événements, les moments ou les programmes que nous avons créés en faisant la sourde oreille à de nombreuses autres initiatives dignes de mention. L’Union européenne est certainement une entreprise en tant que telle et elle mérite notre attention, mais sa structure complexe et en constante évolution la rend difficile à comprendre pour les Américains, et pour de nombreux Européens.

Dès 1998, l’UE a pris une mesure importante pour contrer cette tendance. En 1998 et 2001, Bruxelles a approuvé le financement du Réseau des centres de l’Union européenne. Ces 15 centres sont basés sur des campus universitaires, réunissant des groupes d’experts sur l’Union européenne. Bien que ces experts enseignent et élaborent des programmes d’études pour leurs universités respectives, leurs efforts ne sont en aucun cas contenus dans leurs campus respectifs.

D’excellents résultats jusqu’à présent….

C’est là que réside le potentiel étonnant des centres de l’UE ; dans la conclusion du rapport d’impact 2003, il est dit que les centres ont ” réussi à éduquer et à influencer des centaines de lycées et collèges à travers les Etats-Unis, à remodeler de nombreux programmes de formation professionnelle pour inclure l’UE et à préparer la prochaine génération de professeurs à tous les niveaux qui formeront et rechercheront l’UE “. Comme le souligne la citation, les deux rôles nécessaires de ces centres sont d’une part d’éduquer et d’autre part de faire de la recherche et de la communication (avec les médias, les politiciens et les hommes d’affaires, permettant ainsi une articulation de l’opinion américaine sur les questions européennes)[1].

Mais il faut faire un choix entre l’éducation et la recherche

Le problème avec les centres de l’UE tels qu’ils sont organisés actuellement est que chaque centre joue les deux rôles en même temps. On demande à chacun des 15 d’être à la fois éducateurs et chercheurs, divisant les ressources entre les États et minimisant les avantages potentiels qui pourraient être tirés de la spécialisation. Nous suggérons que les centres soient redistribués de manière à ce qu’il y ait une séparation claire entre les centres de recherche/communication et les programmes purement éducatifs, avec un accent particulier sur l’éducation. En fin de compte, l’UE ne deviendra visible aux États-Unis que si elle est étudiée par les étudiants. Il est donc dans l’intérêt de l’UE de soutenir avant tout les activités universitaires. La recherche ne devrait être soutenue que lorsqu’elle est nécessaire à des fins de communication. Il existe d’autres organisations et instruments pour mettre en uvre la recherche sur l’UE aux États-Unis ; les centres de l’UE ne sont pas conçus pour les remplacer ou s’y substituer.

Avec ce type de dichotomie, les centres pourraient être plus autonomes, s’affranchissant ainsi de leur dépendance à l’égard du financement de la Commission et augmentant ainsi leur capacité collective à créer un changement dynamique dans les études européennes aux États-Unis. Évidemment, ces nouveaux centres spécialisés seraient reliés par l’intermédiaire d’un réseau plus vaste et, à ce titre, ils continueraient de partager certaines ressources.

Bien sûr, tous les centres de l’UE ne fonctionnent pas de la même manière et nous avons déjà des exemples de certains programmes qui se spécialisent et surpassent ainsi leurs homologues. Plusieurs d’entre eux ont des réalisations remarquables, comme l’Université de Pittsburgh et l’Université Johns Hopkins ; d’autres ont mis sur pied de très vastes programmes de sensibilisation qui servent l’objectif d’éducation et de communication des centres, comme l’University System of Georgia.

L’UE doit renforcer et non pas tuer la motivation

Que vous soyez d’accord ou non avec nous sur la nécessité de se scinder et de se spécialiser n’est pas la question la plus importante. Une chose est sûre, cependant, la règle actuelle stipulant que dans un court laps de temps, les programmes parrainés par l’UE doivent devenir complètement autosuffisants et financés va entraîner la mort des centres de l’UE. Trop de programmes lancés par l’UE dans le but de renforcer le dialogue transatlantique sont de courte durée, créant ainsi une perte ridicule d’argent, de temps et de ressources.TIESWeb, qui fonctionne maintenant avec 100% de fonds privés, est le seul projet qui reste du nouvel agenda transatlantique parrainé par l’UE dans les années 1990, le reste ayant vu ces derniers jours le soutien européen se tarir.

Aujourd’hui, par l’intermédiaire des centres de l’UE, il existe une occasion extraordinaire de renforcer le dialogue transatlantique et de promouvoir l’intérêt et la compréhension de l’UE en Amérique. Si l’UE coupe la ligne de vie de ces programmes, nous devons nous demander ce qui va se passer dans les cinq à dix prochaines années ? Nous pensons que les programmes disparaîtront dans les écoles où ils ont le moins d’influence et que celles qui fonctionnent seront englouties par des projets purement américains, plus d’argent de l’UE sera gaspillé. Plus que jamais, le moment est venu de redonner de l’importance aux centres de l’UE, pour les citoyens des deux côtés de l’Atlantique.

1] Consultez le rapport d’impact 2003.

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