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Leadership et démocratie sont-ils compatibles au niveau trans-national?

par Marie-Hélène Caillol
24/10/2002

On est frappé par quantité d’acteurs impliqués dans les relations internationales et par l’esprit général qui les anime, fortement inspiré de culture type « services secrets » : entrepreneurs, magnats du pétrole, marchands d’armes, trafiquants de drogues, diplomates, politiques, journalistes, groupes d’intérêts divers et variés… c’est à qui aura l’information la plus secrète, l’analyse la plus finaude, la « stratégie » la plus retorse, le réseau le plus puissant… pour faire avancer une multitude d’intérêts divergents ; et ce, reproduit et multiplié par des dizaines de milliers d’acteurs, tant et si bien qu’à la fin plus personne n’y comprend rien (y compris les soi-disant acteurs). Paranoïa, anarchie, absence totale de transparence et de lisibilité, … ; tout est en place pour une dégradation rapide et radicale des relations internationales, sur fond de méfiance croissante des populations pour tout ce qui dépasse le niveau national. Les faits sont d’ailleurs là pour nous en convaincre.

Ce constat pose de manière saillante la question du leadership au niveau global.

En effet, en dépit de la méfiance (ô combien excusable !) portée par l’Occident à toute forme de leadership (« führership ») depuis 1945, il est indéniable qu’il n’y a pas de système démocratique sans « leadership », responsable, transparent, identifiable et accessible. Si l’affaiblissement du leadership au niveau national aboutit en ce moment à une crise du politique, la combinaison leadership/démocratie reste à inventer au niveau transnational en général et au niveau global de manière particulièrement urgente.

En l’absence de réponse à cette question (i.e. de solution appliquée), l’Amérique est en train de mettre en place les bonnes vieilles méthodes du leadership débarrassé de l’impératif démocratique, consistant à imposer par la force les vues d’un seul. Pendant ce temps, les européens dérapent sur les dernières étapes à franchir pour parachever la solution inventée par Jean Monnet il y 50 ans, butant finalement sur la question cruciale du leadership politique d’une entité économique trans-nationale intégrée. [1]

Doit-on en déduire que leadership et démocratie sont incompatibles au niveau trans-national ? Si c’est le cas, voilà de quoi nous inquiéter pour l’avenir de l’homme sur cette terre globalisée ! Sinon, il est impératif de trouver les solutions dont on peut gager :

. qu’elles se situent du côté de l’Europe où une expérience trans-nationale est en cours depuis 50 ans (ce qui nous donne une responsabilité particulièrement lourde) ; . et qu’elles sont en fait partiellement connues mais rendues inapplicables à cause précisément de la crise du politique traversée au niveau national par les différents états-membres de l’UE.

Cette réflexion qui aurait dû occuper les responsables européens au cours de la très sereine décennie 90, se fait maintenant en catastrophe, dans un contexte de crises multiples (impératif de réforme en vue de l’élargissement, montée des extrémismes nationalistes, dégradation de la relation trans-atlantique, choc des civilisations Islam/Chrétienté, crise économique, etc…).

Le retard pris par l’UE dans la mise en place d’une démocratie européenne conçue comme le premier pilier (au sens chronologique) d’une démocratie globale, risque donc de coûter cher à la planète !

 

[1] « gouvernance européenne », « réforme institutionnelle de l’UE »… autant de dénominations politiquement correctes pour un débat qui n’aboutira à rien tant que les européens ne dépasseront pas le tabou qui caractérise leur rapport au pouvoir.

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