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La coopération franco-allemande renaît de ses cendres?

par Harald Greib
25/01/2003

 

On en parlait toujours et souvent:

cette coopération entre deux pays qui avaient su surmonter leurs antagonismes, dits héréditaires, après trois guerres en moins d’un siècle, une coopération qui avait permis d’entamer le chemin vers une Europe paisible, prospère et unie.

La France et l’Allemagne étaient moteur de l’intégration européenne.

Pendant 25 ans, on en parlait avec admiration, peut-être quelque fois mêlée d’un brin de jalousie de la part d’autres pays auxquels ne restent qu’à accepter les compromis trouvés entre ces deux grands pays d’Europe.

Mais au début des années quatre-vingt-dix, le ton change: finie la bonne entente qui laisse place aux “engueulades” lors des sommets européens; pour ne citer que la nomination du président de la Banque centrale européenne lors d’un Conseil européen à Bruxelles où la France voulait, à tout prix, imposer son propre candidat contre le candidat soutenu par tous les autres pays.

Après ces mésententes, toujours et encore les retrouvailles lors des sommets franco-allemands ou autour d’une choucroute à Blaesheim dans l’Alsace, après la débâcle du sommet de Nice et son Chancelier allemand agacé du style de négociation chiraquienne. Mais le processus de Blaesheim (ah, quel sens de formule de nos chers diplomates qui savent donner un caractère historique même à quelques assiettes sales et une addition salée) s’est terminé avant que ses illustres protagonistes ne rentrent dans leurs capitales: aucune entente sur rien, aucune idée sur un objectif commun, surtout pas en politique européenne.

Force était de constater que quelque chose avait cassé dans le moteur.

L’accident s’est produit en amont de la réunification allemande, quand un président français vieillissant panique et s’envole pour Moscou afin de convaincre Gorbatchev de s’opposer à la réunification. Les dirigeants allemands ont vécu cet acte comme la trahison d’un allié, pire, d’un ami.

Le traité de Maastricht qui suit cette période et qui enclenche une nouvelle phase d’approfondissement de la construction européenne s’explique par la vitesse à laquelle roulait la voiture européenne quand le moteur cassait: Maastricht était le résultat direct de la réunification et le gage qu’a dû donner Helmut Kohl à François Mitterand afin d’obtenir son aval d’une Allemagne réunie.

Suivent les conférences intergouvernementales en amont des traités d’Amsterdam et de Nice qui, faute du moteur n’accouchent que de souris: la Commission se retrouve avec quelques compétences de plus, mais la construction européenne ne devient pas plus politique, et en conséquence, considérant les nouvelles compétences de la Communauté qui statue dorénavant loin des citoyens sur des thèmes aussi sensibles que l’immigration, accroît son déficit démocratique.

C’est surtout l’Allemagne qui est absente de la scène européenne.

D’une part, elle tente de réussir son unité retrouvée et, d’autre part, redécouvre son destin plutôt transatlantique (à nouveau, quel sens diplomatique de formule, il faut y penser) qu’européen. Elle se lance dans un concours de beauté pour le titre de most valuable ally of the US in Europe, face au Royaume-Uni. Et elle en avait, peut-être, enfin marre d’être le cheval d’un chariot conduit par la France, pour ne reprendre qu’une célèbre phrase de Général de Gaulle.

Et tout récemment, un nouveau tournant: la France et l’Allemagne se retrouvent à nouveau unies pour s’opposer à la stratégie guerrière des américains face à Saddam Hussein.

Son nouveau tournant est – il historique ? Il vaut mieux d’en douter. Il est plutôt le résultat d’une alliance de circonstance, une entente concernant un détail, que le fruit d’une stratégie amplement réfléchie. L’entente retrouvée ne survivra pas à la fin de la crise irakienne.

Il suffit de regarder de près le compromis sur l’avenir de l’Union européenne pour en être convaincu: les deux partenaires ont pu se mettre d’accord que dorénavant l’UE soit munie de deux présidents, celui de la Commission et d’un second élu par le Conseil européen. D’accord, la nouvelle Europe aura deux présidents, on aura compris cette partie du compromis, mais deux présidents pour faire quoi, au juste? Eh bien, pour continuer à faire en sorte que l’Union européenne reste absente de la scène politique internationale, faute d’une entente sur les questions essentielles qui sont l’avenir de la politique étrangère commune, le caractère politique et étatique de l’UE, l’équilibre entre les rôles respectives de l’Europe et les états-nations. Il s’agit d’un compromis qui ne fait que matérialiser toutes les différences de vue des dirigeants de deux pays sur la politique européenne. La nouvelle entente sera aussi éphémère que le compromis n’est superficiel.

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