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Le commerce mondial après Cancun

par Tim Rogmans
19/11/2003

L’échec du sommet de Cancun a été analysé en profondeur par de nombreuses parties. Inévitablement, cette analyse conduit à pointer du doigt les différents pays présumés coupables de l’échec. Bien que chaque acteur ait un coupable différent à viser (” les autres “), toutes les analyses semblent partager deux éléments apparemment contradictoires. Tout d’abord, tout le monde a semblé surpris que la réunion se termine si abruptement, car des progrès satisfaisants ont été réalisés dans le domaine de l’agriculture et dans bien d’autres domaines. Toutefois, deuxièmement, toutes les parties semblent convenir que les règles actuelles de négociation des accords commerciaux multilatéraux ne fonctionnent tout simplement pas. Dans ces conditions, la question devrait maintenant se poser de savoir comment procéder. Poursuivre sur la voie existante avec une plus grande flexibilité de la part de tous pour parvenir à un compromis ? Arrêter l’actuel cycle de Doha et réécrire les règles ? Oubliez le système multilatéral et ne concluez que des accords bilatéraux ?

Malgré le succès global de l’Union européenne dans la mise en place d’une politique commerciale commune, l’Europe n’a pas encore apporté de réponse claire aux questions soulevées par l’échec de Cancun. La réponse de l’Amérique a déjà été préparée avant le sommet ; si la réunion échoue, les Etats-Unis concluront une série d’accords bilatéraux (un commerce équivalent à la doctrine militaire de la formation d’une ” coalition des pays volontaires “). Cela créera une sorte de concurrence entre les pays dans le domaine des accords commerciaux bilatéraux avec les États-Unis. En gros, si vous n’acceptez pas les conditions de l’Amérique, il y aura d’autres pays qui le feront.

L’instinct de l’Europe est plus multilatéraliste. Pascal Lamy souligne à juste titre le très petit nombre d’accords bilatéraux que même les États-Unis ont conclus. Ces arrangements prennent du temps à négocier et détournent l’attention des progrès réalisés avec d’autres pays. En outre, négocier en dehors de l’OMC pourrait mettre en péril toute l’approche fondée sur des règles pour traiter les différends commerciaux qui est actuellement mise à l’épreuve par la décision sur les tarifs de l’acier et d’autres décisions de l’OMC. Si les accords bilatéraux deviennent le jeu en ville, les règles actuelles de l’OMC pourraient bien devenir inefficaces.

Pour l’Europe, cela signifie qu’il n’y a pas d’alternative à la poursuite de l’approche multilatérale. La question est alors de savoir s’il faut réécrire toutes les règles ou poursuivre les négociations en cours. Il semble clair que ces deux activités ne peuvent pas se faire de manière sérieuse en même temps. Il est impossible de se mettre d’accord sur les règles du jeu à la mi-temps. Nous approchons également d’une année électorale aux États-Unis, au cours de laquelle le président ne sera pas disposé à prendre des décisions douloureuses pour certaines circonscriptions. La Commission européenne changeant également l’année prochaine, on peut se demander s’il est possible de s’accorder sur quoi que ce soit d’important au cours de l’année prochaine.

C’est peut-être l’occasion idéale de se concentrer sur la réécriture des règles ou du moins des règles qui empêchent le système de négociation d’aboutir à des résultats. C’est dans ce domaine que la construction de l’Union européenne constitue un modèle. Ce modèle est loin d’être parfait, mais il n’existe pas de meilleur modèle autour duquel un groupe de pays souverains négocient sur des questions importantes et s’entendent sur des décisions globales qui peuvent nuire à certaines personnes (qui peuvent souvent être indemnisées par d’autres moyens) tout en améliorant le bien-être d’une communauté entière. Compte tenu de l’expérience de l’UE et des tendances unilatérales des États-Unis, l’Europe a la possibilité et l’obligation de présenter des propositions concrètes pour améliorer le système. Il est à espérer que certains des éléments dysfonctionnels de l’UE pourront même être évités lors de la refonte des règles de négociation de l’OMC.

Dans le même temps, le cycle de négociations de Doha ne doit pas être complètement interrompu. Ils devraient plutôt se concentrer sur ce que les gens d’affaires appellent les ” coups rapides “, c’est-à-dire les domaines de la politique commerciale où des progrès peuvent être réalisés rapidement avec relativement peu d’efforts. Certains domaines de la politique commerciale peuvent être décidés au cours des 18 prochains mois sans risquer un veto présidentiel ou des barrages routiers dans les rues de Bruxelles. L’un des problèmes des négociations à ce jour est que tout est inutilement lié. Comme nous l’avons vu avec l’accord visant à offrir aux pays pauvres des médicaments d’ordonnance bon marché, il est possible de faire des progrès sur des sujets spécifiques. Toutefois, elle exige une approche ciblée. Les participants devraient éviter d’essayer d’établir un lien entre des sujets sans rapport et des domaines où tout le monde peut en bénéficier ou où le monde en développement peut en tirer de grands bénéfices à peu de frais pour l’UE et les États-Unis. Convenons d’un petit nombre de domaines dans lesquels nous pourrons bientôt conclure des accords commerciaux multilatéraux, au lieu de négocier un petit nombre d’accords bilatéraux globaux avec quelques pays seulement. Le coton européen n’est qu’un exemple parmi d’autres où les pays en développement pourraient en bénéficier grandement et où l’Europe pourrait renoncer relativement facilement à sa protection. Il n’est pas nécessaire de lier cette ouverture à l’acceptation par les pays en développement de prétendues concessions ailleurs.

Une fois que cela aura été couronné de succès, nous aurons peut-être même créé la conception des nouvelles règles de négociation. Plutôt que d’essayer de s’entendre sur de nombreux sujets sur une période de 10 ans, convenons plutôt de quelques sujets assez rapidement. Et ensuite, on recommencera. Cela pourrait donner à d’autres pays, en tant que partenaires de négociation, la confiance dont ils ont besoin pour réussir à long terme. Elle peut aussi montrer à nouveau à tous les participants que, dans les négociations commerciales, c’est en fait le pays qui ” donne l’accès au marché ” qui en bénéficie le plus.

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