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Création d’une “classe de langues européennes” pour les programmes d’enseignement primaire et secondaire

par Marie-Hélène Caillol
07/01/2003

Une nouvelle entité a besoin de nouveaux outils pour fonctionner correctement et les langues sont un aspect clé du succès ou de l’échec de la 21ème Europe. En effet, les langues (au carrefour des cultures et des politiques) sont au cœur de l’exigence fondamentale de la construction européenne : créer l’unité tout en maintenant la diversité (“in unam pluribus”).

Langues communes et démocratie

Le défi est assez facile à formuler : pour construire une Euro-Démocratie, il faut des Euro-citoyens ; et ” un Euro-Citoyen est une personne (on ne parle plus seulement d’élites professionnelles éduquées) b/ qui parle ” européen ” (la vraie citoyenneté est basée sur la capacité à communiquer dans la langue commune de l’entité politique concernée).

Les citoyens européens ont besoin d’une langue européenne à deux fins différentes :

1- avoir un accès direct au niveau décisionnel européen – démocratie verticale

2- interagir et s’organiser – démocratie horizontale

La démocratie verticale exige deux solutions linguistiques opposées : soit tout le monde apprend la ou les mêmes langues (de bas en haut), soit le niveau de décision communique dans la langue de chacun (de haut en bas). La deuxième solution prévaut actuellement et il n’y a pas d’exigence forte à ce stade pour changer cela.

La démocratie horizontale exige également deux solutions : tout le monde apprend une langue véhiculaire ou tout le monde apprend la langue de tout le monde. À première vue, la solution la plus simple est la première, sauf qu’en Europe, les gens trouvent important d’avoir le choix de leur langue seconde. Soyons donc courageux et innovateurs ; développons la deuxième idée….

Parler européen ?

Qu’est-ce que cela signifierait d’enseigner la langue de tout le monde dans les écoles primaires et secondaires (c’est-à-dire pour le bénéfice de tous) ?

Les empires ont toujours été basés sur des systèmes monolinguistiques utilisant un langage commun (bien sûr celui des maîtres) dans leurs besoins de communication. L’Europe tente d’inventer de nouvelles méthodes pour travailler ensemble, et même si le français et l’anglais (et l’allemand et l’espagnol…) resteront toujours les grandes langues utilisées professionnellement par les élites dans leur activité transeuropéenne, pour les nombreux Européens qui doivent être plus interconnectés, il faut des individus qui puissent voyager et se déplacer à l’étranger, qui puissent avoir de simples conversations avec presque tout le monde en Europe sur le principe qu’ils ne se sentent pas égarés dans une langue étrangère, qui aient des interlocuteurs qui partagent le même sentiment sur leur langue, pour faire une histoire longue : des gens qui parlent leur propre langue et qui ont une bonne compréhension des autres. Connecter les Européens ensemble sur la base même de la langue de chacun rendue transparente pour tous ! Cela semble un peu irréaliste ? En fait, non….

Les langues sont enseignées de manière très rigoureuse et académique, afin que les élèves maîtrisent “parfaitement” le vocabulaire et la grammaire d’une langue. Il est généralement admis que le succès de cette méthode varie considérablement d’un pays à l’autre en Europe, sachant que les lieux où l’enseignement des langues donne les meilleurs résultats sont généralement les prestataires d’un environnement multilingue et pas seulement de meilleures méthodes d’enseignement (par exemple, les Pays-Bas par rapport à la France).

Pourquoi ne pas créer une nouvelle classe de langues européennes à l’école ?

Etant donné que l’on trouve plus ou moins 4 grandes familles de langues dans la Grande Europe (latin, germanique, slave et grec), que la plupart des langues européennes ne sont qu’une question de dosage de ces quatre familles et donc que chaque Européen a plus ou moins accès aux autres langues dans sa propre langue, il existe de nombreux moyens non utilisés pour désengorger les gens de l’apparente aliénation qui accompagne en Europe la pratique des différentes langues.

Techniquement parlant, ces cours devraient se concentrer sur le vocabulaire au lieu de la grammaire, sur la compréhension au lieu de parler/écrire, sur les accents au lieu de l’orthographe, sur les ressemblances au lieu de l’exactitude… Montrer l’organisation géographique des langues en Europe, se concentrer sur les étymologies, souligner le vocabulaire récurrent d’une langue à une autre, clarifier les règles d’évolution d’un mot au cours des siècles, expliquer la cohérence interne du système prononcitif…

Ce sont les contenus à développer dans de tels cours basés sur l’audition de textes parlés dans différentes langues, sur l’identification des langues, sur la reconnaissance des mots, sur les suppositions générales de sens… Il existe vraiment des moyens de changer radicalement la façon dont les langues sont enseignées aujourd’hui et de créer une capacité générale à comprendre (et ensuite à parler) les langues étrangères. C’est une question d’attitude mentale, et c’est précisément ce que notre éducation a forgé.

En s’appuyant sur la diversité européenne et en créant une valeur ajoutée européenne nette Au-delà de son objectif n°1 (ouvrir l’élève à la compréhension de toutes les langues européennes), ce cours s’ouvrirait aussi à l’histoire, à la culture, aux migrations de l’Europe, et préparerait parfaitement à un apprentissage approfondi de telle ou telle langue spécifique – langues européennes bien sûr, mais certainement aussi non européennes.

Le premier avantage contribuerait à préparer profondément les citoyens/professionnels européens. Alors que le deuxième avantage s’appuierait sur la spécificité et la valeur ajoutée importantes mais sous-exploitées de l’Europe liées à sa diversité linguistique, et donnerait aux Européens un avantage clair en termes de compétences linguistiques au niveau mondial.

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